Noyée
Elle referma la porte de l'immeuble cossu et se retrouva dans le brouhaha de la rue.
Voilà, elle avait craché le morceau une fois de plus à un inconnu. Combien de fois faudrait-il encore raconter cette histoire pour en être tout à fait débarassée? Combien d'années allait-elle ressasser cette ...aventure? Incident ? Quel qualificatif allaient-ils trouver tous ces gens qui ne comprenaient rien, n'écoutaient rien, ne savaient pas. Car malgré tout ce qu'elle pouvait livrer, délivrer, confier, avouer, que savaient-ils et que pouvaient-ils y faire? Lui dire:
-"Non, vous n'êtes pas coupable! vous êtes la victime dans cette affaire."
Oui, tout cela, elle le savait bien, au fond d'elle, quelqu'un l'avait compris, quelqu'un qui essayait d'être rationnel, objectif, froid, désespèrément. C'est peut-être ce mot qui déglinguait tout, "désespérément", il faudrait peut-être l'oublier, le rayer de son vocabulaire, faire une espèce de mur contre ça, contre le désespoir, ne plus le laisser rentrer, ne plus le laisser contrôler tout. Reprendre la main...Il le lui avait dit tout ça lui aussi, ce psy là, ce Docteur Machin Chose, recommandé par la Faculté et tutti quanti !!
"-Essayez de mettre une barrière mentale entre le désespoir et vous. Quand vous sentez qu'il arrive, qu'il capte tout, dites NON."
"Non", ce mot qu'elle n'avait pas réussi à prononcer la première fois, ni la deuxième, ni plus jamais ensuite.
Ce mot qui ne voulait plus rien dire pour elle à présent, ces trois lettres inutiles, celles qu'elle criait tout bas depuis ce moment là, qu'elle écrivait sur les murs de la prison où elle s'était laissée enfermer. Ces trois lettres lobotomisantes, comme une camisole contre la jouissance, le plaisir innocent d'être vivante, de respirer, de rire, d'ouvrir les yeux le matin.
Un pas devant l'autre, une minute après l'autre sur le chemin qui la ramenait vers le métro, toute son attention vissée sur les trottoirs à monter et à descendre, les passages piétons à emprunter, l'itinéraire à suivre, il n'y avait que ça à faire, attendre le déclic, le miracle de la conscience qui se remue et qui se donne une autre chance. Attendre.
Survivre.
Voilà, elle avait craché le morceau une fois de plus à un inconnu. Combien de fois faudrait-il encore raconter cette histoire pour en être tout à fait débarassée? Combien d'années allait-elle ressasser cette ...aventure? Incident ? Quel qualificatif allaient-ils trouver tous ces gens qui ne comprenaient rien, n'écoutaient rien, ne savaient pas. Car malgré tout ce qu'elle pouvait livrer, délivrer, confier, avouer, que savaient-ils et que pouvaient-ils y faire? Lui dire:
-"Non, vous n'êtes pas coupable! vous êtes la victime dans cette affaire."
Oui, tout cela, elle le savait bien, au fond d'elle, quelqu'un l'avait compris, quelqu'un qui essayait d'être rationnel, objectif, froid, désespèrément. C'est peut-être ce mot qui déglinguait tout, "désespérément", il faudrait peut-être l'oublier, le rayer de son vocabulaire, faire une espèce de mur contre ça, contre le désespoir, ne plus le laisser rentrer, ne plus le laisser contrôler tout. Reprendre la main...Il le lui avait dit tout ça lui aussi, ce psy là, ce Docteur Machin Chose, recommandé par la Faculté et tutti quanti !!
"-Essayez de mettre une barrière mentale entre le désespoir et vous. Quand vous sentez qu'il arrive, qu'il capte tout, dites NON."
"Non", ce mot qu'elle n'avait pas réussi à prononcer la première fois, ni la deuxième, ni plus jamais ensuite.
Ce mot qui ne voulait plus rien dire pour elle à présent, ces trois lettres inutiles, celles qu'elle criait tout bas depuis ce moment là, qu'elle écrivait sur les murs de la prison où elle s'était laissée enfermer. Ces trois lettres lobotomisantes, comme une camisole contre la jouissance, le plaisir innocent d'être vivante, de respirer, de rire, d'ouvrir les yeux le matin.
Un pas devant l'autre, une minute après l'autre sur le chemin qui la ramenait vers le métro, toute son attention vissée sur les trottoirs à monter et à descendre, les passages piétons à emprunter, l'itinéraire à suivre, il n'y avait que ça à faire, attendre le déclic, le miracle de la conscience qui se remue et qui se donne une autre chance. Attendre.
Survivre.
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