Toscane
Je suis allée là-bas,
Les nuages traçaient leur chorégraphie improbable au milieu des champs de fèves en fleurs. Tout semblait immobile et pourtant en mouvement.
Un porc épic avait laissé ses épines dans un piège. Son sang s'enfonçait dans la terre et nous avons planté ses longues aiguilles dans nos coiffures aux cheveux fous. L'air et le vent se balançaient silencieusement à la surface des hautes herbes et nous ignorions déjà le temps qu'il nous restait à vivre là, ou ailleurs.
Peu importait du reste, les générations de tétarts noirs se succédaient dans la marre qui s'asséchait irrémédiablement ou diablement.
L'eau cruelle était si bleue et les longues ombres ne suffisaient pas à en faire oublier la froideur.
J'étais là-bas, et j'ai trempé les pieds dans la source. D'autres jeunes femmes allongées attrapaient le soleil dans leurs cous.
J'étais là-bas, marchant à grandes enjambées vers les lits des ruisseaux, vers les cathédrales de lierre, loin du bruit de la vie.
J'étais là-bas, jusqu'à la lie, juisqu'à l'épuisement d'aimer ce pays.
Puis, à reculons, comme on détache les mains du cou qu'on étrangle, je suis repartie tout au fond de ma tannière.
J'ai refermé l'enveloppe de silence qui m'entoure et me nuit.
J'ai caressé la ligne d'horizon et me suis tapie.