Semence
Je le savais bien qu'il y a avait autre chose derrière toutes ces fenêtres voilées de rideaux, ces volets entrouverts, ces portes fermées à clé. Je passais et je vous sentais qui me regardiez passer. Comme des prisonniers qui voient arriver la nouvelle fournée, la salade fraîche toute gorgée de larmes du panier...J'étais la rosée de matin. Vous êtiez la vieille pluie qui n'a plus le souvenir d'avoir mouillé. Je le tenais à la main sans le voir ce ballon gonflable, fragile latex multicolore plein d'illusions abjectes et de subtiles contradictions, tout gonflé d'helium comme ma tête qui filait au zénith.
La vie n'attend pas, et en ce temps là, j'avais soif et j'étais pressée d'être servie. J'ai bu à tous les goulots sans savoir ce que je buvais. C'était âpre, c'était fort, c'était irrésistible. J'ai enfoncé là mes seize ans passants. La nuit m'accueillait et les bancs dans les chemins au bord du canal. Sous sa veste je grelottais, mes dents claquaient, mais je ne sais plus si c'était le froid ou la peur ou les deux. Rien ne semblait me retenir lorsque sur le retour je chancelais. Au bord du vide déjà sur le fil je dansais. L'avenir n'était qu'un trou insondable. Des mains passagères me tenaient pourtant, je les en remercie encore, me remettant inlassablement sur le chemin, et refermaient doucement la porte.
Je demeurais ainsi enfermée jusqu'au matin écrivant à d'autres des éclaboussures de mots qu'ensuite je ne redirai plus pour rien, tant sont répétés les mots qu'à la fin ils se gravent au bon endroit, qu'on ne peut plus les en déloger ni les oublier et qu'alors la vie referme son livre.
Je vous devinais collés comme des mouches sur de la glu, mendiant affamés le peu d'amour qu'on réserve aux âmes faibles, celles qui attendent leur tour sans avoir le cran de sauter un peu plus loin, de peur de ne pas voir où leurs pieds se posent. Vous méprisiez la joie innocente de la morsure qui goûte, et ce sang perlé en croûte vous le vouliez comme un festin moisi.
Vous ignoriez tout des voyages intérieurs, des heures partagées en silence, et des doigts qu'on effleure. Vous êtiez les juges renégats d'une condamnée sursitaire et voilà qu'enfin le papillon s'échappe, sortant à la nuit de sa chrysalide frippée, et que vous sombres filets, votre tissage grossier et rafistolé sans âme demeurait coincé dans le porte-manteaux.
Ah ah ! Quelle fête! Le train démarrait dans un fracas de vagues et emportait la mise pendant que vous vous rendormiez. Alors je voyais la mer au bout du couloir, j'ouvrais les portes de bibliothèques incroyables, je saluais mon infante mourante dont on coupait les jambes une à une et qui encore, du fond de son lit de mort m'encourageait à vivre et à écrire. Puis emportée encore plus loin, loin des embruns glissants et gris, une ville et des bancs de connaissance ouverts sur le monde.
Et enfin toi, toi, si patient, de toutes les blessures explorant la vie suintante, de toutes les traces gardant l'essentiel, m'emportant enfin loin de l'effritement et de la solitude crasseuse.
Il est long le chemin et lorsqu'on le croit enfin stable, tout à coup s'effondrent les certitudes péniblement amassées, les liens cassent et les mains pendent. Je ne sais pas où cette luge nous emporte ...mais je glisse en silence dans ce paysage de neige et les traces gelées s'évanouiront au prochain printemps. Des petites graines alors se lèveront d'entre les vivants, agiteront la main et nous regarderont partir. Remonte un peu la couverture mon amour j'ai froid, et glisse encore tes doigts au dedans que je sache à qui je suis.
La vie n'attend pas, et en ce temps là, j'avais soif et j'étais pressée d'être servie. J'ai bu à tous les goulots sans savoir ce que je buvais. C'était âpre, c'était fort, c'était irrésistible. J'ai enfoncé là mes seize ans passants. La nuit m'accueillait et les bancs dans les chemins au bord du canal. Sous sa veste je grelottais, mes dents claquaient, mais je ne sais plus si c'était le froid ou la peur ou les deux. Rien ne semblait me retenir lorsque sur le retour je chancelais. Au bord du vide déjà sur le fil je dansais. L'avenir n'était qu'un trou insondable. Des mains passagères me tenaient pourtant, je les en remercie encore, me remettant inlassablement sur le chemin, et refermaient doucement la porte.
Je demeurais ainsi enfermée jusqu'au matin écrivant à d'autres des éclaboussures de mots qu'ensuite je ne redirai plus pour rien, tant sont répétés les mots qu'à la fin ils se gravent au bon endroit, qu'on ne peut plus les en déloger ni les oublier et qu'alors la vie referme son livre.
Je vous devinais collés comme des mouches sur de la glu, mendiant affamés le peu d'amour qu'on réserve aux âmes faibles, celles qui attendent leur tour sans avoir le cran de sauter un peu plus loin, de peur de ne pas voir où leurs pieds se posent. Vous méprisiez la joie innocente de la morsure qui goûte, et ce sang perlé en croûte vous le vouliez comme un festin moisi.
Vous ignoriez tout des voyages intérieurs, des heures partagées en silence, et des doigts qu'on effleure. Vous êtiez les juges renégats d'une condamnée sursitaire et voilà qu'enfin le papillon s'échappe, sortant à la nuit de sa chrysalide frippée, et que vous sombres filets, votre tissage grossier et rafistolé sans âme demeurait coincé dans le porte-manteaux.
Ah ah ! Quelle fête! Le train démarrait dans un fracas de vagues et emportait la mise pendant que vous vous rendormiez. Alors je voyais la mer au bout du couloir, j'ouvrais les portes de bibliothèques incroyables, je saluais mon infante mourante dont on coupait les jambes une à une et qui encore, du fond de son lit de mort m'encourageait à vivre et à écrire. Puis emportée encore plus loin, loin des embruns glissants et gris, une ville et des bancs de connaissance ouverts sur le monde.
Et enfin toi, toi, si patient, de toutes les blessures explorant la vie suintante, de toutes les traces gardant l'essentiel, m'emportant enfin loin de l'effritement et de la solitude crasseuse.
Il est long le chemin et lorsqu'on le croit enfin stable, tout à coup s'effondrent les certitudes péniblement amassées, les liens cassent et les mains pendent. Je ne sais pas où cette luge nous emporte ...mais je glisse en silence dans ce paysage de neige et les traces gelées s'évanouiront au prochain printemps. Des petites graines alors se lèveront d'entre les vivants, agiteront la main et nous regarderont partir. Remonte un peu la couverture mon amour j'ai froid, et glisse encore tes doigts au dedans que je sache à qui je suis.
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