Nuit Blanche
Ce soir, je n'ai pas envie de dormir. Je sais, ce n'est pas raisonnable. Demain, je serai un peu plus crevée, pas trés présentable. Tant pis. J'ai juste envie de me promener dans mon espace, de savourer cette dernière nuit blanche, tant que je peux le faire, tant que le sommeil ne l'emporte pas. Résister encore un peu, faire comme si rien n'avait d'importance ou une quelconque gravité. Juste écouter une fois de plus les musiques que j'aime, feuilleter ces livres, dans cette pile là, qui m'attendent, et saisir ma chance. Respirer.
Pieds nus dans la brume. Dans la Terre qui souffle un peu, digérant nos pesticides et nos eaux usées, nos prétextes fourbes, nos langues de bois, nos destins piteux, nos piètres vengeances.
Fermer les yeux sur le monde d'à-côté, ouvrir la porte vers l'intérieur. Ecouter.
Résister à leurs cris désarticulés, leurs revanches stupides, leurs plans imbéciles.
L'herbe pousse, les fleurs s'ouvriront demain. Chaque minute compte, justement, je compte sur elles. Je les compte. Elles comptent pour moi. Je compte. Je sais compter. Chaque mot dans ma tête est une victoire sur l'oubli et la déchéance. J'aime le bruit de la vie la nuit. Bruisser.
Je ne sais même pas si ce mot existe vraiment. C'est le bruit d'une feuille qui s'envole, d'un drap qui lentement glisse sur le sol, celui de son pas dans l'allée pour me surprendre. Je suis fière de toi ma fille qui dors là-bas après une journée avec ces enfants autistes, fière aussi de tes frère et soeur qui se cherchent et trouveront, j'en suis sûre, une échappée belle, un trou dans le ciel où s'engouffrer et par où l'avenir luira comme un appel tremblant et fort. Parler.
J'ai vu un lutin traverser le salon, il portait sur son dos une petite cerise rouge. Inventer.
Je n'aurai plus peur d'être moi, vous me reconnaîtrez, je porte toujours un flamant rose dans les bras.
Ne pas reculer au bord de ce pont, trouver l'équilibre, ô ce temps perdu à te chercher dans d'autres bouches...
Des choses graves se passent je sais partout dans le grand monde autour de nous. Je ne m'en fous pas, non, mais il y aura un après, et il sera beau, j'en suis sûre.
Agir.
Je connais ce plaisir simple qui consiste à croiser les doigts pour faire un voeu. je n'emmêle pas le présent et le passé, mais je tisse les lois du plus fort à ma façon, celle du doute le plus lourd, celui qui pèse de tout son poids sur ma poitrine recousue, avec ton coeur qui bat à ma mesure dedans.
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