FABULETTE
Petit, on lui avait dit :
-"Fais leur payer tout ce qui sort de tes mains
Tout ce qui se crée se monnaye
Avec tout ce que tu sais faire
tu ne manqueras jamais de rien"
-"Oui mais l'amour ne se vend pas"
Leur répondait-il incrédule,
-"Ces mots ne valent rien
toi aussi tu pourrais les dire
Rien ne m'appartient"
Ses frères riaient et se tapaient sur les cuisses
Qu'il était drôle, qu'il était sot
Et combien il serait facile de le toiser de haut !
Pendant des années ils exploitèrent la magie qui émanait de lui
Roulant sur l'or ils oublièrent qui il était
L'eau de poésie se tarit
Le puits de plus en plus profond creusé de rides se tarit
Les frères ingrats le laissèrent se combler de vide et de lie
Le vieux poète miné de remords d'avoir été si aveugle
Sortit dans la nuit et suivit la route tracée pour lui.
Un autre jour passa puis encore un autre
Et les jours ainsi assemblés
Formèrent une longue chaîne
Qu'il s'attacha au poignet pour ne pas oublier
La cruauté des hommes
Nés du même ventre que lui.
Au bout de quelques années de silence et de mendicité
Tout à coup il sentit la mer rouler ses vagues chaudes sous ses pieds fatigués.
Il s'allongea dans l'eau salée.
Il enfonça les ongles dans le sable.
Chaque grain lui racontait une histoire
Le vieux poète écoutait et rêvait.
Le lendemain plein de petits crabes avaient pris sa place
L'empreinte de son corps avait presque disparu
Une jeune femme passa et les mit dans son panier
La soupe qu'elle en fit put nourrir toute sa famille.
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