Le Rendez-vous au paradis
Dans quelques instants, il allait être prés d'elle, il pourrait soulever le drap et retrouver son corps, l'alliance qu'elle porte toujours au majeur de la main gauche, et sa montre Mickey !
Il avait gravi les marches du pas hésitant d'un homme qui vient de parcourir trois cent kilomètres d'une traite en voiture, avec la radio à fond. Il avait dans le crâne la bouillie pâteuse qui reste dans la tête des routiers après une nuit sans sommeil. Lui, il n'avait pas dormi depuis deux nuits.
Il était si sûr qu'elle allait lui revenir, Maud, son premier amour, Maud.
il prononçait son nom, son prénom, si vite énoncé qu'il fallait le redire...Ainsi sans cesse répétant son nom, il avait vécu pendant ces deux jours. Maintenant, il était tout prés d'elle. Il avait dit son nom à l'accueil, comme un laisser passer. Il la cherchait. On lui avait poliment indiqué le chemin. Il avait trouvé la porte.
Si prés d'elle, son coeur s'était mis à battre plus fort, sa respiration lui emplissait le cerveau. Sa main se posa sur la clenche de la porte, comme s'il avait peur de la réveiller.
"Une brute", elle le lui disait si souvent "tu es une grosse brute !". Alors, il avait peur de la casser. Banal, tout avait été si banal entre eux, maintenant qu'il y pensait.Mais pour lui, c'était quand même une belle histoire.
Alors, comme pour la respecter encore plus, comme pour l'étonner encore, comme s'il la sentait là dans chacun des objets qui le séparaient encore d'elle, il appuya doucement sur la porte pour se frayer un passage dans l'embrasure.
il ne regarda pas tout de suite autour de lui. il savait qu'elle était là. On le lui avait dit dehors tout à l'heure. Il referma la porte avec la même application douloureuse.
Maud était là.
Il pivota lentement sur ses talons, une sourde envie de pleurer commençait à lui baillonner la gorge.
Il devinait sa forme étendue sous le drap blanc. Il s'approcha...
-"Maud", murmurait-il, "Maud"...les sons rauques sortaient de sa bouche, sa voix se cassait. Il s'assit sur le bord du lit, puis s'agenouilla à son chevet. D'une main, il parvint à peine à soulever le drap. Son regard rencontra d'abord la main gauche de la jeune femme, qu'il prit dans la sienne et qu'il serra.
-"Je suis arrivé" dit-il avec lenteur, le rictus des larmes secouait sa joue et ses lévres. Il serra un peu plus la petite main à l'alliance. Puis il releva le drap plus haut, jusqu'au visage; elle ne souriait pas et semblait butée dans un sommeil lourd.
Jules la contempla un instant, puis n'en pouvant plus, il lâcha le drap et enfouit le visage dans ses mains.
-"Maud".
Mais la petite main amie ne vint pas se poser dans ses cheveux pour apaiser ses pleurs.
La mort la figeait à jamais dans ce lit de métal froid.
Il avait gravi les marches du pas hésitant d'un homme qui vient de parcourir trois cent kilomètres d'une traite en voiture, avec la radio à fond. Il avait dans le crâne la bouillie pâteuse qui reste dans la tête des routiers après une nuit sans sommeil. Lui, il n'avait pas dormi depuis deux nuits.
Il était si sûr qu'elle allait lui revenir, Maud, son premier amour, Maud.
il prononçait son nom, son prénom, si vite énoncé qu'il fallait le redire...Ainsi sans cesse répétant son nom, il avait vécu pendant ces deux jours. Maintenant, il était tout prés d'elle. Il avait dit son nom à l'accueil, comme un laisser passer. Il la cherchait. On lui avait poliment indiqué le chemin. Il avait trouvé la porte.
Si prés d'elle, son coeur s'était mis à battre plus fort, sa respiration lui emplissait le cerveau. Sa main se posa sur la clenche de la porte, comme s'il avait peur de la réveiller.
"Une brute", elle le lui disait si souvent "tu es une grosse brute !". Alors, il avait peur de la casser. Banal, tout avait été si banal entre eux, maintenant qu'il y pensait.Mais pour lui, c'était quand même une belle histoire.
Alors, comme pour la respecter encore plus, comme pour l'étonner encore, comme s'il la sentait là dans chacun des objets qui le séparaient encore d'elle, il appuya doucement sur la porte pour se frayer un passage dans l'embrasure.
il ne regarda pas tout de suite autour de lui. il savait qu'elle était là. On le lui avait dit dehors tout à l'heure. Il referma la porte avec la même application douloureuse.
Maud était là.
Il pivota lentement sur ses talons, une sourde envie de pleurer commençait à lui baillonner la gorge.
Il devinait sa forme étendue sous le drap blanc. Il s'approcha...
-"Maud", murmurait-il, "Maud"...les sons rauques sortaient de sa bouche, sa voix se cassait. Il s'assit sur le bord du lit, puis s'agenouilla à son chevet. D'une main, il parvint à peine à soulever le drap. Son regard rencontra d'abord la main gauche de la jeune femme, qu'il prit dans la sienne et qu'il serra.
-"Je suis arrivé" dit-il avec lenteur, le rictus des larmes secouait sa joue et ses lévres. Il serra un peu plus la petite main à l'alliance. Puis il releva le drap plus haut, jusqu'au visage; elle ne souriait pas et semblait butée dans un sommeil lourd.
Jules la contempla un instant, puis n'en pouvant plus, il lâcha le drap et enfouit le visage dans ses mains.
-"Maud".
Mais la petite main amie ne vint pas se poser dans ses cheveux pour apaiser ses pleurs.
La mort la figeait à jamais dans ce lit de métal froid.
Publicité